Une logline est un résumé d'une ou deux phrases de votre scénario qui communique la prémisse, le protagoniste, le conflit et les enjeux, assez clairement pour qu'un inconnu puisse déterminer s'il veut lire le script. C'est le premier filtre que traverse votre histoire dans tout contexte professionnel, et la plupart des loglines échouent à ce test.
L'échec vient généralement de l'une de deux directions : la logline est si vague qu'elle ne communique rien (« Une femme découvre sa vraie nature après un voyage qui change sa vie »), ou elle est si détaillée qu'elle devient un paragraphe qui ne parvient toujours pas à expliquer le conflit central. Ni l'un ni l'autre ne donne envie de lire le script.
Voici ce dont une logline a réellement besoin, et comment en construire une.
Les quatre éléments
Une logline efficace contient quatre choses :
Le protagoniste : de qui parle l'histoire, décrit par ce qui le rend pertinent pour cette histoire particulière. Pas « une femme », mais « une comptable légiste disgraciée », « un prodige des échecs de dix-sept ans », « le dernier gardien de phare survivant sur une île en quarantaine ». Le descripteur nous dit qui ils sont dans le contexte de l'histoire, pas seulement leur démographie.
L'objectif : ce que le protagoniste veut ou doit accomplir. Cela doit être spécifique et externe. « Retrouver sa fille disparue » est spécifique. « Faire la paix avec son passé » ne l'est pas : c'est interne, et ça ne guidera pas un plot que vous pouvez décrire en une phrase.
La force antagoniste : ce qui est en travers du chemin. Il peut s'agir d'une personne, d'un système, d'une situation, ou parfois du propre défaut du protagoniste manifesté extérieurement. La force antagoniste devrait créer un conflit qui ne peut pas être facilement résolu, sinon il n'y a pas d'histoire.
Les enjeux : ce qui se passe si le protagoniste échoue. Les enjeux établissent pourquoi nous devrions nous en préoccuper. Ils n'ont pas besoin d'être globaux (le monde ne doit pas nécessairement s'effondrer) mais ils doivent être personnels et spécifiques.
Le modèle, et pourquoi ne pas le suivre aveuglément
Le modèle standard de logline est : « Quand [incident déclencheur], un(e) [protagoniste] doit [objectif] avant que/ou [enjeux]. »
C'est un bon point de départ, pas une forme définitive. Les loglines qui s'intègrent parfaitement dans le modèle donnent souvent l'impression d'avoir été écrites à partir du modèle plutôt qu'à partir de l'histoire. Utilisez le modèle pour vous assurer d'avoir les quatre éléments, puis réécrivez-le pour qu'il sonne comme un être humain décrivant un film qui lui tient à cœur.
Comparez :
Avec le modèle : « Quand son mari est accusé de meurtre, une avocate de la défense doit prouver son innocence avant que le mauvais homme soit exécuté et que sa carrière soit détruite. »
Réécrite : « Une avocate de la défense qui a passé sa carrière à gagner des affaires par tous les moyens est forcée de défendre son mari accusé de meurtre, et découvre que gagner cette fois-ci pourrait lui coûter tout le reste. »
Les deux versions contiennent la même information. La seconde sonne comme un pitch. Elle a un point de vue et un sens de la tension spécifique au film.
Le test de l'ironie
Les meilleures loglines ont de l'ironie intégrée dans la prémisse. Le protagoniste est singulièrement mal placé face au défi qu'il doit relever, ou singulièrement mal adapté à ce que l'histoire va exiger de lui.
La Liste de Schindler : Un profiteur de guerre nazi devient le sauveur improbable de plus d'un millier de vies juives.
Die Hard : Un policier new-yorkais en congé, venu sauver son mariage, se retrouve la seule personne capable d'arrêter une prise d'otages dans un gratte-ciel de Los Angeles.
Legally Blonde : Une pom-pom girl pétillante s'inscrit à Harvard Law School pour reconquérir son ex-petit ami et découvre qu'elle est en réalité une avocate douée.
Dans chaque cas, le protagoniste est d'une certaine manière la mauvaise personne pour la situation, ce qui est exactement ce qui rend la situation intéressante. Si votre logline n'a pas d'ironie, demandez-vous si vous avez le bon protagoniste, ou si vous avez trouvé le bon angle sur ce protagoniste.
Ce qu'il faut laisser de côté
La logline n'est pas un résumé. C'est une prémisse. Laissez de côté :
- Les sous-intrigues et les personnages secondaires (sauf s'ils sont le pivot autour duquel tourne le conflit central)
- Le passé qui n'est pas nécessaire pour comprendre le conflit
- La résolution (la logline décrit le problème, pas la solution)
- Les déclarations thématiques (« une histoire sur la nature de l'identité »)
- Tout ce qui est entre parenthèses
Une logline qui s'étend sur trois phrases est devenue un synopsis. Une logline qui décrit ce qu'un film est « vraiment » est devenue un pitch pour la version ciné d'auteur de l'histoire. Restez concis.
Tester votre logline
Avant d'utiliser une logline dans un contexte professionnel, testez-la face à ces questions :
Un inconnu peut-il déterminer quel type de film c'est ? Le genre est communiqué dans la logline même quand il n'est pas explicitement mentionné. « Une comptable légiste découvre que sa fille disparue a été recrutée dans une secte » se lit comme un thriller. « Une comptable légiste découvre que sa fille disparue mène une double vie à Paris » se lit comme un drame ou peut-être une comédie noire. Le lecteur doit savoir dans quel registre il entre.
Le conflit est-il clair ? Si quelqu'un lit votre logline et demande « mais que se passe-t-il ? » non par curiosité mais par confusion, le conflit n'est pas assez clair. L'opposition centrale devrait être lisible dans la phrase.
Les enjeux sont-ils spécifiques ? « Ou tout perdre » n'est pas spécifique. « Ou voir sa fille aller en prison pour quelque chose qu'elle n'a pas fait » est spécifique. Des enjeux spécifiques font la différence entre une logline qui génère de l'inquiétude et une qui génère de l'indifférence.
Est-ce que ça donne envie de lire le script ? C'est le seul vrai test. Pas si ça sonne impressionnant, pas si ça couvre tous les beats, mais si ça rend quelqu'un curieux de savoir ce qui se passe ensuite.
La logline comme outil de diagnostic
Au-delà de sa fonction d'outil de pitch, la logline est l'un des meilleurs outils de diagnostic structurel disponibles. Si vous n'arrivez pas à écrire une logline propre pour votre scénario, ce n'est pas un problème d'écriture : c'est un problème structurel. L'histoire ne sait pas encore de quoi elle parle.
Cela vaut la peine de le découvrir avant d'être au troisième brouillon. Essayez d'écrire la logline avant d'écrire le script, quand vous développez encore la prémisse. Si vous n'arrivez pas à la réduire à une phrase claire, la prémisse a peut-être besoin d'être davantage développée. Si elle se construit facilement, vous avez une base structurelle solide sur laquelle construire.
La vue beat sheet de plotwell peut aider ici : si vous construisez vos beats en premier et ne trouvez pas de protagoniste/objectif/conflit/enjeux clairs dans les beats, l'histoire a besoin d'être réfléchie davantage au niveau structurel. La logline force cette clarté.
Une logline qui fonctionne est un script qui sait ce qu'il est.
